Cette semaine, on regarde le deuxième roman Ciel de Sophie Labelle, une entrevue avec Julie Michaud du Centre de lutte contre l'oppression des genres qui poursuit le gouvernement du Québec pour éliminer les barrières juridiques auxquelles font face les adultes, enfants, et migrant(e)s trans et nonbinaires, le nouveau livre Black Writers Matter de Whitney French, la BD The Thread That Binds de Noel Arthur Heimpel, et encore plus...

Toutes les deux semaines pendant 2019, je publie une courte liste de quelques articles/blogues/vidéos YouTube/livres/musique/jeux que j’ai trouvés de remarquable ou d'intéressant.

Sans plus tarder, voici ce que j'ai lu entre le 15 février et le 1er mars 2019.

Read this blog post in English.            
Lire les assortiments précédents.

Ciel 2. Dans Toutes Les Directions de Sophie Labelle (2019)

Mercredi soir j'ai assisté au lancement du deuxième tome de Ciel de Sophie Labelle, bédéiste et autrice de Assignée Garçon et de nombreux autres BDs sur le web et imprimés (suivez-la sur Instagram).

Après avoir bien rigolé des tartelettes aux pommes et des villes qu'on aime (et de celles qu'on aime un peu moins) je suis rentré-e chez moi et je l'ai immédiatement dévoré. L'écriture est claire, rafraichissante, remplie d'humour et d'ironie, très bien pour un livre «YA» (Young Adult), et conserve toutefois une profonde compréhension d'un monde fondamentalement encore très patriarcal et cishétéronormatif, voire hostile et dangereux. Néanmoins Ciel nous montre sa vision des premières étapes pour bâtir le monde trans inclusif de mes rêves.

Je prépare un billet de blogue un peu plus approfondi sur Ciel 2, mais entretemps je voulais en parler ici et vous encourager de visiter l'Euguélionne ici à Montréal pour l'acheter!

(J'inclus ci-bas ma petite revue du premier tome de Ciel sur mon Instagram, l'an dernier.)

View this post on Instagram

Je suis en train de lire le premier roman de Sophie Labelle (@labellesophie): « Ciel, comment survivre aux deux prochaines minutes », et j’avoue que j’ai du mal à gérer mes émotions — le personnage principal est une personne trans non binaire, le livre est en français, c’est un bouquin pour jeunes adultes/ados, LE PERSONNAGE PRINCIPAL EST UNE ADO TRANSGENRES NON BINAIRE?!?!?!?! 😭😭😭♥️💜💙💚💛🧡❤️💖(En plus, Ciel a un parent sud-américain et un parent quebecois, et je sais pas mais ce détail me touche beaucoup parce que moi aussi j’ai un parent d’origine sud-américaine mixte). Trouvez ce livre! Achetez-le!!! Donnez-le à vos ados!!! Le livre perce l’imaginaire comme un rayon de soleil à travers un nuage de pluie - tout en restant un bouquin d’ados, une histoire de jeunes enfants qui doivent devenir de jeunes adultes, une histoire des drames du secondaire! Je suis un peu boulversé. Et je ressens surtout une profonde gratitude que ce roman existe. #transgenre #transgenrenonbinaire #sophielabelle #cielcommentsurvivreauxdeuxprochainesminutes

A post shared by Gersande La Flèche (@gersandelf) on

«February: facets of trans justice: the trans rights trial, bill C-16, & gender identity in prisons» de Legalease

Écoutez cette entrevue avec Julie Michaud sur Soundcloud (le podcast Legalease est bilingue, mais Julie s'exprime en anglais ici) sur les luttes et enjeux des personnes trans et nonbinaires ici au Québec, et la poursuite (commencée en 2014!) d'une reconnaissance légale du Québec que les personnes nonbinaires comme moi existent ainsi que d'autres revendications pour les personnes trans et intersexes.

Les revendications exacte de la poursuite sont ci-bas, tirés du Facebook du Centre de lutte contre l'oppression des genres:

La poursuite que nous avons intentée vise à invalider 11 articles du Code civil du Québec discriminatoires à l’égard des personnes trans.
- Les parents trans : Le procès réclame le droit pour les parents trans de choisir la mention de filiation parentale qui s’accorde avec leur identité de genre, qu’elle soit  « père », « mère », ou « parent », et cela même sur les certificats de naissance des enfants né.e.s avant la transition légale du parent.
- Les personnes non-binaires et intersexes : Le procès réclame le droit de n’avoir aucune mention de sexe, ou la mention de sexe « X » sur ses papiers.
- Les personnes trans non-citoyennes : Le procès réclame le droit pour les personnes trans migrantes de changer leur marqueur de genre et leur nom sur leurs papiers sans l’obligation d’avoir obtenu la citoyenneté.
- Les jeunes trans : Le procès réclame le droit pour les jeunes trans de changer leur nom et leur mention de sexe sans l’accord parental et sans l’obtention d’une lettre d’évaluation d’un.e professionnel.le.

Le reste du podcast Legalease interviewe également Florence Ashley sur le projet de loi C-16, et une dernière entrevue avec Jennifer Metcalfe, pour parler des droits des prisonniers trans.

Pour en lire plus sur la poursuite pour changer le Code civil, voici un article de LaPresse: Omettre le sexe sur les actes de naissance: l'ouverture de Québec jugée «insuffisante»:

« Ça va dans la bonne direction, mais c'est très insuffisant », a commenté à La Presse Dalia Tourki, militante en droits trans au Centre de lutte pour l'oppression des genres, qui qualifie les propositions du gouvernement de « modifications de surface ».
« Les données existent toujours dans le registre. C'est seulement que le M (pour masculin) ou le F (pour féminin) ne paraîtraient pas sur l'acte. Ce n'est pas une reconnaissance légale de l'existence non binaire. » - Me Audrey Boctor, avocate de la poursuite
https://twitter.com/GenderAdvocacy/status/1088168230584225799 

«Librairie Racines, la diversité en toutes lettres» dans Le Devoir (18 février 2019)

Voici un petit shout-out à la librairie Racines, pour la fin de février (mois de l'histoire des Noir(e)s). Lisez l'article et, surtout, aller rendre visite en personne pour acheter vos livres et participer dans les évènements communautaires!

Ouverte depuis un an et demi, la librairie a déjà développé une clientèle de quartier, à travers différentes activités, qui mettent notamment en valeur son rayon jeunesse. Ce rayon met en scène des jeunes de la communauté noire.
« Quand j’étais enfant, il n’y avait pas beaucoup de livres où on voyait des Noirs en milieu urbain. Dans ceux que je voyais, l’action se déroulait en Afrique, par exemple », dit-elle. Dans la librairie, des poupées à la peau foncée et aux cheveux crépus côtoient les livres et sont mises à la disposition des enfants.

«Un nouveau «Passe-Partout» plus blanc que blanc?» dans le Devoir (28 février 2019)

Le Québec, comparé au reste de l'Amérique du Nord et même le Canada, est vraiment en rattrapage grave sur les conversations sur la diversité de la représentation des personnes racisées, autochtones, et noires dans les médias. Voici un article sur ce phénomène qui occulte l'existence dans l'imaginaire courant et médiatique des autochtones et des québécois(e)s non blanc(he)s, comme l'indique l'autrice Dana Lord-Beaudin:

Dans ma classe ou celle de n’importe quel autre de mes collègues, vous constaterez qu’il y a au moins 50 % d’élèves issus de communautés ethnoculturelles autres que celle dite des « Québécois de souche », toutes aussi riches et belles les unes que les autres. Mes élèves se distinguent chaque jour en classe par leurs personnalités teintées de leur identité unique, fabuleux mélange de leur culture d’origine et de la culture québécoise. Qu’ils viennent de pays maghrébins, asiatiques, européens ou africains… ils sont tous Québécois. Ma classe est québécoise. Elle n’est pas blanche avec un voisin immigrant qui passe dire « Bonjour ! » pour montrer qu’il existe. Ma classe est un amalgame ethnique, culturel, social de tous genres et de tous horizons. Qu’ils soient de première, de deuxième ou de troisième génération immigrante, ils sont Québécois.

Comment mes élèves pourraient-ils se sentir Québécois […] si on leur présente une émission dans laquelle on ne leur montre que des personnages principaux blancs ?
Un screenshot de l'art de couverture du premier chapitre du The Thread That Binds

Le premier chapitre de la BD queer «The Thread That Binds» de Noel Arthur Heimpel

Noel (prononcé «Nolle» et non comme «Noël») Arthur Heimpel est un-e bédéiste, illustrateur(-trice) et tireur(-reuse) de tarot queer de Seattle (iel utilise le pronom «they» en anglais donc j'évite de lui assigner un genre ici en français). Le premier chapitre en anglais du The Thread That Binds est en vente sur Gumroad. La BD parle du pouvoir de guérison des relations pendant les bouleversements et le deuil — et l'art est vraiment belle!

Gros merci à O qui me l'a chaleureusement recommandé!

«The Island» de Tove Janssons dans le Paris Review (13 février 2019)

Traduit vers l'anglais pour la première fois, cette nouvelle de Tove Janssons fut publiée dans le Paris Review ce février. À la fois un essai, une nouvelle, et un poème en prose, ce texte décrit Klovharu, une île où Jansson et Tuulikki Pietilä, son partenaire, ont construit un chalet d'été pendant les années 60. (Je découvre ici pour la première fois Tove Janssons, autrice finlandaise née à Helsinki en 1914 et disparue en 2001.)

There is a surprisingly large number of people who go around dreaming about an island.
Sometimes deliberate people look for their island and conquer it, and sometimes the dream of the island can be a passive symbol for what is one step beyond reach. The island—at last, privacy, remoteness, intimacy, a rounded whole without bridges or fences.
Sheltered and isolated by the water that is at the same time an open possibility.
A possibility one never considers.

«Whitney French on why nurturing the next wave of black Canadian writers is important» dans CBC Books (21 février 2019)

Whitney French est une poète, autrice, et écrivaine noire que je connais depuis quelques années. En février 2019, elle a publié un livre s'intitulant Black Writers Matter rassemblant les expériences et faits vécus des écrivain(e)s noir(e)s, particulièrement au Canada.

J'espère pouvoir acheter ce livre bientôt, et entretemps je vous invite à lire cette entrevue (en anglais) dans CBC Books sur la réalisation de la collection:

"It was important was to have black writers from all across Canada and from a range of diasporic experiences. I recognized that previous anthologies about black Canadian writing were very Toronto-centric or English Montreal-centric; I wanted to showcase the full breadth of black Canadian stories and narratives — what it's like to be a black Canadian in this ginormous country."

Et voilà. N’hésitez pas de me laisser un commentaire ici, rejoignez-moi sur twitter @gersandelf, ou inscrivez-vous par courriel à mon blogue ou TinyLetter pour geeker ensemble sur des trucs cool. Merci encore et à la prochaine!