J'ai eu une année particulièrement productive, ce 2018, et quand je regarde en arrière où j'étais en octobre dernier, et je vois le chemin parcouru, je suis (timidement, avec hésitation, mais sincèrement) fièr.e de mon progrès.

J'ai commencé ce parcours en 2016 quand j'ai aidé un.e ami.e à terminer leur thèse doctorale pendant que j’occupais quelques emplois sporadiques à court terme en TI. Depuis, j'ai tranquillement établi une pratique qui me permet de vivre en faisant de la rédaction (principalement en anglais), la révision et édition en anglais et en français, la traduction de l'anglais au français (je traduis vers l'anglais plus rarement, puisque la consigne est de toujours traduire vers sa langue maternelle), et un peu de travail de design web ou d'entretien de sites Wordpress pour boucler les fins du mois.

Mes buts en 2018 furent assez simples: faire assez d'argent pour vivre, vérifier que ce parcours est soutenable à long terme, et tester l'effet de travailler de la maison sur ma santé mentale et physique. Pour une fois, j'ai réussi à surpasser la plupart de mes propres attentes. Il y a sans aucun doute encore quelques bogues à résoudre. Mais j'ai l'impression d'arriver au bon endroit.

Donc l'expérience continue! Voici mes objectifs pour l'année prochaine. En octobre 2019, je reviendrais voir ce blogue et je serais intéréssé.e de voir mon progrès sur chaque objectif.

Mes objectifs pour le reste de 2018 jusqu'en 2019:

  1. De meilleures limites
  2. Quand sonner l'alarme
  3. Apprendre à mieux jumeler plusieurs travaux à la fois

1. De meilleures limites

Une des meilleures choses a été de parler avec mes pair.e.s pigistes sur le prix de leurs services et les attentes qu'iels créent avec leurs client.e.s. Décider quel prix mettre sur ses services peut être embrouillant puisqu'il faut non seulement, euh, rester en vie, mais le faire sans éloigner les client.e.s non plus. Les guides pour les réviseurs et éditeurs comme celui-ci (en anglais — merci Lili!) sont indispensables, ainsi que de vérifier contre ce que font les membres de groupes de pigistes montréalais sur Facebook a été vraiment pratique.

J'ai sérieusement besoin d'arrêter de fixer un prix ou taux trop faible à mes services, surtout avec les gens et commerces que je sais peuvent se le permettre. Au fond, sous-évaluer mon temps ne fait tort qu'à moi et affecte ma santé de manière négative — la seule chose que je ne peux pas sacrifier.

Il faut que j'arrête de me dire: "Je ne veux pas facturer trop peu ni tolérer des attentes démesurées, mais j'ai vraiment besoin de ce travail."

Non. C'est complètement faux.

Il y a dans le monde des gens merveilleux avec qui travailler. Qui comprennent l'importance de mon temps et de mes taux, qui n'essaient pas de disputer chaque détail, qui répondent à mes messages rapidement, paient leurs factures et sont réalistes avec leurs limites. Et quand un problème imprévu survient, ces client.e.s communiquent clairement et rapidement le problème avec moi pour que nous puissions trouver une solution.

Donc, quand je fais affaire avec des commerces ou des organismes qui ont toujours envie de se bagarrer avec moi à propos de mes frais, ou et d'être en général vraiment difficile? Continuez à l'objectif numéro 2 ci-bas...

2. Quand sonner l'alarme

C'est en effet pas super remarquable, mais j'ai déjà vécu au passé des expériences très mauvaises au travail causé par des personnes qui, comme j'ai découvert plus tard, sont bien connues comme étant abusives dans leur industrie. Bien que ces mauvaises expériences furent pénibles, elles furent aussi une important leçon sur le danger d'ignorer les premiers signes d'une situation toxique.

Cette année, j'ai vécu une poignée de moments difficiles que j'aurai vraiment dû voir venir, mais j'ai ignoré les signes à cause de l'optimisme ou un ressentiment déplacé de FOMO.

Voici quelques premiers signes que je ne peux absolument plus ignorer la première fois que je les remarque:

Premier signe: le manque de respect

Que ça soit aussi extrême que quelqu'un qui me hurle après parce que j'ai pris trop longtemps de le regarder dans les yeux, ou aussi "minime" que quelqu'un qui me rabaisse pour mon manque d'expérience ou mon genre, je ne veux pas travailler pour des gens irrespectueux.

La première fois que je vois quelqu'un exprimer un manque de respect ne sera pas la dernière fois. Il faut que j'arrête de me dire: "Cette personne est juste maladroite." Au lieu, je dois me répéter cent fois: "Tu as déjà vu ceci, tu sais comment ça va se terminer, décrisse maintenant."

Il faut aussi que je me souvienne de remarquer que même si ce n'est pas moi qui est la cible de ce comportement difficile ou même complètement abusif, ce n'est qu'une question de temps avant que la personne toxique porte enfin son regard vers moi.

J'aimerais beaucoup que nous arrêtions cette fétichisation des leaders, patrons, et personnes qui se comportent mal, mais qui "accomplissent le meilleur travail". Non. Ces personnes sont en train de gaspiller tellement d'énergie et de bonne volonté de celleux qui les entourent. Nous ne devrions pas les tolérer.

Premier signe: refuse d'adhérer au calendrier de travail

Bon, c'est difficile pour moi de l'admettre, parce que je reconnais ici un de mes propres défauts. À l'école, j'éprouvais une irrévérence totale pour les dates limites et je procrastinais sur absolument tout. La phrase de Douglas Adams: "J'adore les dates limites. J'aime le son qu'elles font lorsque on les dépasse à toute allure." était une de mes préférées quand j'étais ado.

Donc, en raison de mes propres fautes, j'essaie toujours d'être très généreu.x.se vers les autres quand les problèmes de planification surviennent. Mais j'aimerais souligner un problème de calendrier de travail qu'aucun.e de nous ne devrions tolérer: le crunch.

Pour donner exemple: disons qu'un client et moi nous entendons qu'un texte d'une certaine longueur va prendre deux semaines pour que je le traduise. On se met d'accord sur la date limite, qui tombe sur un lundi. Nous sommes deux semaines avant la date: le texte du client n'est pas encore prêt. Le client m'assure que ça arrive. Les jours s'écoulent. Finalement, nous sommes le vendredi après-midi avant la date limite, le client me donne finalement le texte, me voici avec deux semaines de travail à accomplir dans un seul weekend, et le client refuse de déplacer la date limite!

Si c'est une occurrence rare, c'est pas nécessairement un gros problème, si le client est non seulement communicatif mais aussi complètement d’accord à ajuster le prix final pour rémunérer l'inconvénient (et comprend aussi que la qualité du texte final pourrait être inférieure). Mais quand des histoires comme ça arrivent encore et encore, même quand le client te promet que c'est vraiment la dernière fois, ce que je réalise c'est que mon client est en train de me balancer tout leur crunch à mon détriment. Et, comme le dit Tanya Short, LE CRUNCH EST UNE FORME D'ÉCHEC.

Premier signe: les problèmes de facturation

Voici un rappel à me faire tatouer sur le cerveau. Si un client ne paie pas ta facture — ou prend des mois voir des années de te payer en t'ignorant entretemps: ne travaille plus jamais avec ce client.

(J'avoue, ce n'est pas vraiment un premier signe, mais plutôt un feu d'ordures.)

Un GIF d'une benne à ordures qui a pris feu. Éloigne-toi lentement et ne reviens jamais.

3. Apprendre à mieux jumeler plusieurs travaux à la fois

Ceci est en réalité deux objectifs: je veux améliorer mes processus pour venir à bout de chaque travail, ainsi de continuer d'apprendre comment trouver et de jumeler plusieurs projets à la fois sans déclencher des habitudes autodestructrices. Surtout, j'aimerais ne plus ressentir la panique quand j'ouvre mes courriels les lundis matins.  

Essentiellement, il faut que j'arrête de travailler de manière très réactive et que j'apprenne comment créer des plans, des horaires et des calendriers qui ne s'écrouleront pas 5 secondes après que je les aie créés. Comme avantage supplémentaire, j'aimerais aussi pouvoir prédire où je serais dans 2, 3, 6 mois. J'ai écris sur mon blogue cet été:

My work situation can change wildly week-to-week based on what kind of emails I get and what kinds of responses I get to my job ads on FB and elsewhere.
And to be honest, sometimes I feel very discouraged. I feel as though there is no coherent progression — as if I don't really have a career, or that my career is botched.

Ça serait quand même bien que j'arrête de me sentir comme ça!

Contrairement à mes objectifs 1 et 2, je n'ai pas grand-chose en termes de guides pratiques ou d'expérience pour me guider. Je suis en mode recherche pour trouver des blogues sur les stratégies sur la planification du travail et le travail pigiste.  (As-tu des suggestions? Viens me le dire dans les commentaires!) Je suis presque à la fin d'un long contrat cet octobre et je compte garder un horaire plus léger en novembre et décembre pour me donner un peu de temps pour réfléchir, ainsi que de ressusciter une pratique d'écriture autre que le blogging. (Et non, je ne compte pas participer à NaNoWriMo parce que c'est une recette pour le burnout, comme de nombreuses personnes me l'ont sagement rappelé...)

Parce que les listes sont excellentes, on va en faire une autre de tous les trucs qui figurent d'une manière ou d'une autre sous cet objectif:

  • Si je peux prioriser une chose surtout... Il faut que je m'améliore beaucoup sur la planification d’un calendrier du projet. C'est une question d'être très honnête avec moi-même au sujet de mes propres limites, et sur le rythme de travail que je peux maintenir jour après jour. Ceci a été particulièrement difficile et frustrant pour moi parce que j'ai des niveaux d'énergie difficiles à prédire — ce que je peux accomplir d'une journée à l'autre peut beaucoup varier, et pas toujours de manière logique.  
  • Le réseautage (networking)... c'est un travail qui ne finit jamais, disons? Facebook et Twitter aident beaucoup, certainement, mais ça serait vraiment bien de renouveler des connexions face à face. Pendant quelques mois j'étais membre d'une coopérative de travailleur dans mon quartier et à vrai dire j'ai beaucoup aimé l'expérience, mais je ne peux pas me le permettre pour le moment. J'y reviendrais un jour.
  • Relié au point précédent, comment rencontrer davantage de mentors et de collègues à qui tu fais confiance quand tu es un.e travailleu.se.r indépendant.e qui passe tant de temps seul.e?
  • Bon, euh, où est mon syndicat? Qui connait le https://www.canadianfreelanceunion.ca/? Sont-ils cool?

Voici mes trois grands objectifs pour l'année qui vient. J'aurais 28 ans en fin octobre. Les anniversaires sont un temps excellent pour l'introspection et un nombrilisme autocritique, n'est-ce pas?

Merci d'être là, et, si tu as des suggestions pour comment mieux accomplir ces trois objectifs, j'ai hâte de les entendre.