Parfois, un livre te tombe sur la tête sans te prévenir et te bouleverse.

“Nous étions nés pour ne jamais mourir” de Lise Vaillancourt est un de ces livres pour moi.

Livre que j’avais choisi pour la simple raison que, en arrière, j’avais vu que le récit explore de nombreux quartiers montréalais pendant les années 50 et 60, période que je connais mal dans le contexte québécois et sur lequel je tenais approfondir mes connaissances.

Et quel merveilleux bouquin! Entre ces pages, des réflexions mûres sur une vie de famille où règne le silence; sur les tensions entre le Québec de la campagne et Montréal; sur l’écriture et l’identité; sur le gouffre au fond de soi causé par ce silence, l’intimidation, le manque de confiance; l’importance de l’art pour briser le spleen et le mal-être, le besoin de s’inventer pour s’enfuir, de rêver, de se pousser, même au-delà de ce qui peut-être acceptable. Au coeur du roman, le fossé entre un père et sa fille, qui se comprennent mal et les gestes maladroits pour percer les malentendus.

Vers la fin, quand Violette se jette dans l'écriture, j’y ai retrouvé mon propre amour pour la conception et la création d’histoire, que j’avais, je l’admets, un peu perdu de vue ces dernières années. Mes raisons pour écrire sont exprimées ici bien mieux que je ne pourrais le faire.

“En noircissant un premier carnet, je découvre une différence énorme entre celle qui écrit et celle qui parle. Dans les carnets, il y a une langue qui se déploie, un monde, un univers. Dans la vie, la langue me semble un amalgame de sonorités diverses qui expriment toutes sortes de choses de façon imprécise et qu’il faut répéter. (…)

Quand je parle, je ne suis pas dans le langage. Je réside plutôt dans une solitude sans nom. Quand j’écris, je baigne dans le langage jusqu’au cou.” (p. 117)

Je me noie dans l'écriture, en ce moment. Question de me jeter dans l'eau profonde pour voir si je serais à la hauteur. J'ai toujours été la pire dans ma famille en français, en anglais, en espagnol, pendant longtemps je me réfugiais dans les maths ou avec mes petits élans en informatique parce que ça me semblait bien plus logique que l'orthographe.

Me voici maintenant à la poursuite d'un rêve tellement différent (illogique mais merveilleusement ainsi) et tellement à l'extérieur de ma zone de confort.

Et même si je garde les textes instructifs prêt de moi quand j'écris (comme Steering The Craft de Ursula K. Le Guin, livre que je considère essentiel pour tout apprenti auteur), c'est bien mieux quand on retrouve dans un roman le gout d'écrire, et qui te ranime avec un petit coup de pied au derrière.

Et, avec chaque mot que j'ajoute sur la page, j'apprends à rentrer dans mon atelier d'écrivain, d'affronter la page blanche, avec un esprit... d'assassin.