Les jours sont de plus en plus courts et les semaines me semblent de plus en plus longues. Je ressens le manque de soleil beaucoup cette année. Au moins, la neige et les soirées sombres me donnent plus de temps pour plonger dans ma lecture.

Lire, comme la plupart des choses, devient plus facile en lisant. Si tu es comme moi, tu trouves peut-être que l’on gaspille un temps fou sur nos téléphones. Au début de l’année, je trouvais ça dur de laisser le portable à côté et simplement lire un chapitre d’un trait sans m’arrêter chaque trois minutes pour vérifier mes messages. Heureuse découverte ce novembre dernier: je suis encore capable de lire un livre entier et d’oublier le monde extérieur, particulièrement mon téléphone. C'est vrai que le livre était particulièrement bon, mais ça m’a rassuré quand même.

Ces dernières semaines je bois principalement du thé gyokuro, procuré à Cha Do Raku ou Camellia Sinensis. Le goût me fait penser à l’océan et aux fruits de mer. Je sais que pas tout le monde adore un thé aussi fortement umami, mais je le trouve irrésistible!

Sur le sujet du thé et les jours qui se raccourcissent, en faisant le ménage dans mes signets sur Firefox hier j’ai retrouvé un poème de Emily Jungmin Yoon qui me semble particulièrement à propos: Between Autumn Equinox and Winter Solstice, Today.

Et sans plus tarder, les livres :

  • Split Tooth de Tanya Tagaq (Croc fendu, traduit de l’anglais par Sophie Voillot) — J’ai lu ce livre pour la première fois le printemps dernier pour le club littéraire sur la littérature autochtone de Tara McGowan-Ross à la librairie Drawn and Quarterly. Le relire ce novembre a concrétisé ma profonde admiration pour ce livre. Il est synesthésique, viscéral, et quasi impossible de classifier. Dans Croc fendu, Tagaq déconstruit les genres littéraires, l’histoire, nos attentes, la barrière entre notre monde et l’esprit, l’idée même du livre, pour nous offrir un texte aussi ancré dans notre réalité que dans le mythique. Un vrai chef d’œuvre, qui bouleverse les conventions de la réalité magique et de l’autobiographie. De l’art pur et simple. Je le conseille fortement!
  • Lettres en forêt urbaine: le projet Xanadu de Bertrand Laverdure — Un recueil de poésie, où chaque poème est écrit en forme de lettre d’amour vers un arbre dans la forêt urbaine de Montréal. Je crois que la plupart des arbres existent ou ont existé — j’en ai reconnu plusieurs à travers les parcs Percy Walters, Jarry, Lafontaine, et Laurier. Le livre contourne l’idée que l’arbre est un être politique dans le milieu urbain, idée qui plaît beaucoup. (Ça serait peut-être amusant de partir à la recherche de tous ces arbres et de leur lire les lettres à voix haute…)
  • Les brutes et la punaise: les radios-poubelles, la liberté d’expression et le commerce des injures de Dominique Payette — Je conseille ce livre de tout mon cœur à tous∙tes qui cherchent à comprendre le Québec en ce moment. En particulier, ce livre d’essais se penche sur les activités des radios-poubelles dans la province, leurs rôles dans la dissémination de discours et idéologies réactionnaires, comment elles ont normalisé un climat raciste et antiféminin dans la province, et de la manière dont elles sont devenues des outils de propagande pour notre état de plus en plus (répressif, régressif, facho) de droite.  Le livre examine également de près la manière dont la soi-disant lutte pour la « liberté d’expression » est une farce, détruisant notre réel capacité pour se faire comprendre ainsi que la liberté d’expression véritable.
  • All Systems Red: The Murderbot Diaries #1 de Martha Wells — Ce roman court (désigné novella en anglais) est écrit avec un style tordu et humoristique. Moti de la librairie Argo me l’avait suggéré et j’avoue que j’adore Murderbot! J’ai déjà touché sur le sujet de l’intelligence artificielle sur le blogue, au moins de son traitement dans quelques jeux et livres, et je me lamente souvent que le sujet n’est pas exploré de manière nuancée ou approfondie (eh oui c’est à Bioware que je lance cette remarque). Cette série de petits romans de Martha Wells m’intriguent, et je compte bientôt lire le deuxième.
  • Le français est à nous ! de Maria Candea et Laélia Véron — Ce texte aborde les forces idéologiques et historiques qui ont forgé la langue française depuis le moyen âge, et argumente que, pour vraiment aimer cette langue, il faut ne pas avoir peur de la réapproprier, de l’utiliser pour expérimenter, et d'accepter avec enthousiasme — et non craindre — les changements et évolutions de la langue. Engageant et avec un humour tranchant, ce texte est convaincant!

Puisque nous avons presque terminé l’an 2019, je n’arrête pas de penser aux bons livres que j’ai lu cette année — et à ceux que j’aimerai déjà relire! Je pense à Burial Rites de Hannah Kent (j’en ai parlé un peu en aout) ainsi que la collection d’essais de Kai Cheng Thom I Hope We Choose Love (le sujet d’un billet très personnel que j’ai écrit en septembre). J’ai aussi découvert Becky Chambers, écrivaine américaine de science fiction qui réussit à créer des personnages formidables. Malheureusement je n’ai pas traduit mes notes de lecture sur ces deux premiers livres vers le français — j’ai manqué de temps. Une série qui m’a vraiment marqué — qui m’a bouleversé plutôt — cette année, et que je n’ai pas encore eu le courage d’en parler ici sur le blogue, est la série Broken Earth de N.K. Jemisin. Je compte relire la trilogie avant même à penser d’en parler ici.

Avant de conclure ce billet, je voulais te lancer cette question: qu’as-tu lu qui t’a vraiment marqué? Énervé? Ennuyé? Qu’est-ce que tu porteras avec toi au nouvel an? Et as-tu des livres à me suggérer? N’hésites-pas de m’en parler ici dans les commentaires ou sur twitter, mastodon ou instagram.

Joyeuse lecture et à la prochaine!