Je ressens une profonde gratitude pour le temps que j’ai pu consacrer à la lecture depuis le solstice. Lire souvent et beaucoup, que ça soit roman, manga, ou bien plus, continue d’avoir un effet très apaisant sur ma santé mentale et m’aide à gérer un hiver parfois un peu angoissant.

Avant de démarrer cette toute nouvelle #BoireDuThéLireDesLivres, je veux partager avec vous un sencha réellement délicieux du Nihondaira au Japon, nommé Yabukita Nihondaira Asamushi (2019). Ce thé émane un parfum chaleureux idéal pour les jours de neige, ainsi qu’un goût classique et délicat. Un très bon compagnon pour la lecture et la réflexion. J’en bois beaucoup dernièrement, avec beaucoup de joie.

En plus des livres, je suis en train de lire la poésie de l’américain James Schuyler dernièrement, et je voulais inclure un de ses poèmes ici, Buried at Springs, que j’aime beaucoup. J’ai toujours beaucoup apprécié l’allitération dans la poésie anglaise, et Schuyler l’utilise avec subtilité et précision. On l’entend particulièrement dans les vers: « a certain challenge in being humane to hornets » et « acid-yellow kind of goldenrod glowing or glowering ».

Et maintenant, les livres, car il y en a beaucoup, et j’ai la tête pleine de pensées.

Gods of Jade and Shadow

Il y a quelques janviers, j’ai lu Certain Dark Things de Silvia Moreno-Garcia et j’ai beaucoup aimé ses twists sur les histoires de vampires. J’étais enthousiaste à l’idée de revisiter l’auteure une deuxième fois dans son imaginatif et atmosphérique Gods of Jade and Shadow. Moreno-Garcia ne cesse de s’améliorer! J’ai beaucoup aimé ce dernier, un roman abondant de mythologie avec l’atmosphère des années 20 au Mexique. Le livre est une aventure romantique, un road-trip à travers le Mexique et la Basse-Californie, où les conflits entre les personnages se déroulent autour d’une quête aux enjeux cosmiques. J’ai savouré ce livre durant un long voyage en train vers l’ouest (qui me semblait très approprié, d’ailleurs) : le cadre historique et géographique, les transformations émotionnelles, les liens familiaux entre les personnages — et surtout sa fin. Le livre termine sur une note doux-amer mais soulageante, avec tout le potentiel du roman à la fois réalisé et libéré.

The Witches of New York

À la suite de plusieurs fortes recommandations (incluant une particulièrement enthousiaste de mon amie Tatiana), j’ai décidé de lire ensuite The Witches of New York de l’écrivaine Amy McKay. Le roman m’a surpris avec son style, que j’ai trouvé somptueux. Les trois personnages principaux sont très sympathiques et attachants. La franchise du livre sur le sujet de l’avortement était aussi très rafraichissante, reconnaissant que les histoires de sorcières, de sages-femmes et de l’avortement sont étroitement liées dans l’occident. J’aime bien un livre qui n’a pas peur des sujets tabous. J’ai aussi beaucoup aimé la reconnaissance de l’existence de l’amour sexuel et romantique entre les femmes dans l’ère victorienne — une réalité incontestable de notre histoire ! Et en parlant de l’ère victorienne, je ne suis pas très informé∙e sur la ville de New York à cette époque donc j’ai trouvé le cadre du livre très engageant. Un livre à conseiller!

Une photo de mon chat Luna, qui essaie de dormir.
Une photo de mon chat Luna, qui essaie de dormir.

La série Witcher (The Last Wish, Sword of Destiny and Blood of Elves)


(En passant, en écrivant ce billet de blogue j’ai découvert qu’en français le « Weidzmin » est traduit par « Sorceleur » et je trouve ce détail super drôle! La traduction anglaise de « Witcher » me semble un peu plus …sérieuse ? — tout simplement parce que je suis plus habitué∙e à l’entendre — mais je trouve « Sorceleur » quand même hilarant.)

Comme bien d’autres, la série Netflix The Witcher m’a convaincu d’arrêter de procrastiner sur cette série des romans polonais. J’ai joué les deux derniers jeux (Witcher 2 & 3) quand ils sont sortis, et j’avais l’intention de lire la série éventuellement, mais le fait que la série de romans a été écrite en Pologne durant les années 80 m’a fait hésiter car j’avais du mal à juger s’il serait très réactionnaire ou conservateur. (En particulier, le jeu Witcher 2 est un jeu plutôt sexiste, donc malgré la présence de personnages féminins très intéressants dans le 3e jeu, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre.)

J’ai donc lu les trois premiers livres de la série Witcher de Andrzej Sapkowski: The Last Wish, Sword of Destiny, et Blood of Elves. J’ai beaucoup aimé le format des deux premiers livres, une collection de nouvelles qui décrivent les origines de Geralt et de ses amis parsemés à travers le continent. En lisant, j’ai beaucoup songé aux traductions et adaptations. Les jeux vidéos et la série Netflix influencent certainement ma lecture et ma compréhension des histoires. Mais les livres ont certainement aussi leur effet: par exemple, avec un de mes personnages préférés des jeux vidéos, Triss Merigold, bon je la trouve beaucoup moins sympathiques dans les livres à date. J’ai hâte de poursuivre la série, et peut-être une fois terminée je reviendrais partager mes pensées et critiques plus approfondies ici sur le blogue, si ça intéresse du monde.

Et ensuite…

Dune

J’ai lu Dune de Frank Herbert pour la première fois au début de janvier. Je ne me rappelle pas de la dernière fois où j’ai senti une aussi grande tristesse à la fin d’un livre, non du fait que la fin était désolante, mais parce que je ne voulais pas que le livre se termine!

Je suis entré∙e dans l’univers de Dune en connaissant rien du sujet autre que l’adaptation film du directeur Lynch est considérée intéressante mais insuffisante, et qu’un très grand nombre de gens adore ce livre. Je ne sais pas ce que pourrais ajouter à la discussion qui n’a pas été déjà dit, mais quel livre ! Opaque, difficile au début, complètement envoutant. Il n’est pas sans ses éléments problématiques, disons, on pourrait argumenter qu’il est à l’origine des histoires science-fiction dans l’espace à la « Dances With Wolves », genre de sci-fi qui nous a récemment donné le film Avatar de James Cameron. Néanmoins, le livre est passionnant. J’avais du mal à tirer des allégories claires du texte, et j’ai l’impression qu’une relecture ou trois va relever encore plus en termes de thèmes, de valeurs, de liens entre notre monde et celui du livre. Le livre est aussi remarquable pour moi car j’ai trouvé la plupart des personnages principaux complètement antipathiques, mais j’arrivais totalement à comprendre leurs motivations, car ils sont des êtres très imparfaits mais fondamentalement humains dans un monde (à première vue) si alien.

Une chose que je vais noter ici: on m’a fortement conseillé sur Twitter de ne pas lire les suites, apparemment elles ne sont pas du tout à la hauteur de cette première et peuvent même diminuer l’importance de celle-ci. Au moins pour l’instant je compte suivre ce conseil. Mais, je suis fan depuis très longtemps de Moebius, et j’ai très hâte de pouvoir regarder pour la première fois Jodorowsky’s Dune. (Et, je l’avoue, j’ai hâte au nouveau film de Denis Villeneuve !)

La déesse des mouches à feu

La déesse des mouches à feu de Geneviève Pattersen est resté dans mes pensées durant de longues semaines après l’avoir terminé, tellement ce livre m’a bouleversé. Le livre suit Catherine, 14 ans, de Chicoutimi-Nord lorsqu’elle découvre le sexe, la musique, les garçons, les filles, la « mess », et tente de survivre la relation cataclysmique entre sa mère et son père. Le style du livre me fait penser à un nerf exposé, et la narration est parfois presque insupportable — en particulier, les scènes qui touchent l’abus, l’harcèlement, et le suicide demandent une volonté de fer sur la part du lecteur. Mais ce que j’ai trouvé de superbe dans ce roman était la voix du personnage principal, la narration faite à la première personne d’une jeune femme qui comprend à peine ses propres émotions et motivations et pourtant ne peut les échapper. La narration est délicate malgré le langage souvent (délicieusement) vulgaire, un tour de force qui démontre l’état d’âme d’une enfant qui s’immole parce qu’elle ne sait pas quoi faire d’autre. Je comprends tout à fais pourquoi ce roman a gagné le Grand prix littéraire Archambault en 2015, il le mérite absolument.

My Lesbian Experience with Loneliness

Le premier volume du manga autobiographique de Nagata Kabi, My Lesbian Experience with Loneliness chronique les expériences de l’auteure durant sa quête à se connaître elle-même, à être plus compatissante à son propre égard, et à mieux comprendre ses propres désirs et besoins. Le livre est autant sur l’acceptation de soi et le besoin de réaliser ses propres rêves (et non les rêves de nos parents ou de notre société; pour l’auteure il s’agit de devenir une adulte responsable ainsi qu’une mangaka accomplie) qu’il l’est sur ses premières expériences sexuelles avec de très gentilles et très patientes travailleuses de sexe. J’ai décidé de le sortir de la bibliothèque après avoir lu des commentaires très positifs sur le site de @Narf, surtout puisqu’il a trouvé que le manga a réussi à éclaircir ses propres expériences avec les troubles de santé mentale. Après ma lecture, je suis d’accord que l’écriture et l’art sont très perspicaces et révélateurs. Comme Narf, je conseille que tout le monde lise ce manga à la fois drôle, honnête, mais très sensible.

Uprooted

Bon, disons que j’ai des critiques un tout petit peu pointus sur Uprooted, roman de fantaisie de Naomi Novik. Mais en premier, les trucs que j’ai vraiment aimés. J’ai adoré le conflit entre The Wood et les humains de la vallée et du royaume. Comme antagoniste, The Wood est fantastiquement sinistre — il me fait penser aux champignons cordyceps qui prennent le contrôle des cerveaux et des corps de fourmis. J’ai adoré la manière instinctuelle et subconsciente que la protagoniste Agnieszka décourvre ses pouvoirs et son «destin» à travers l’histoire. J’ai aussi beaucoup apprécié son amitié et complicité complexe avec sa meilleure amie d’enfance, Kasia. Mais il y avait un truc que je n’ai pas aimé et c’est impossible de parler du livre sans l’adresser donc: le livre est construit autour d’un scénario qui ressemble à celui de la Belle et la Bête. En bref, scénario du genre: « je suis ta prisonnière et tu es un con cruel mais on est en train de tomber amoureux quand même ». C’est aussi une dynamique qui se reproduit entre une jeune femme issue d’une famille paysanne, Agnieszka, dont le père est le bûcheron d’un petit village, et d’un aristocrate avec infiniment plus de pouvoir magique (au moins au début) et politique qu’elle, un sorcier se nommant le Dragon. J’ai trouvé l’exécution de l’histoire romantique très insatisfaisant. Je veux éviter de laisser échapper trop de spoilers mais disons que cette histoire entre Agnieszka et le Dragon est tellement centrale au livre que ça a un peu gâché ma lecture. Le Dragon s’est montré abusif, cruel, distant, et j’ai trouvé que l’histoire n’a pas travailler très fort pour montrer que le Dragon était autre qu’un homme pathétique et pas du tout à la hauteur de l’héroïne.

Je me demande si je suis pas juste tanné∙e des histoires d’amour abusives ou violentes. C’est pas que je pense que Novik est en train de légitimer la violence conjugale ou quelque chose du genre, loin de là. Mais je trouve toutefois que le livre est en train de jouer avec des scénarios classiques qui sont à la base d’une vision très romancée de l’abus et de l’hétéronormativité, basée sur l’idée qu’une femme peut trouver l’homme abusif envoutant ou charmant, et peut devenir convaincu qu’elle pourra le « guérir » avec l’amour. C’est surtout évident car le livre prend une position assez claire sur une forme de violence familiale différente: celle de l’abus des enfants par les parents à travers le personnage de Kasia. Kasia vit une enfance affolante: non seulement sa mère la traite de manière distante et cruelle (puisque tout le monde pense que la magnifique et talentueuse Kasia sera la prochaine victime enlevée par le Dragon) mais tout le village participe a cet abus, la traite comme si elle était déjà partie, déjà morte. Vers la fin du livre, Kasia a gagné sa liberté avec l’assistance d’Agnieszka, et se libère de sa mère et de son village en laissant tout derrière elle pour se refaire la vie dans une ville côtière loin au nord. Enfin, peut-être je suis en train d’avoir une réaction trop forte envers l’histoire d’amour d’Agnieszka et le Dragon, je ne sais pas. Je crois qu’à la fin je suis juste plus capable de lire des histoires d’amour construit sur la violence ou l’abus, j’en peux plus.

Dernièrement, j’ai abordé ce sujet sur Twitter dans un thread que vous trouverez peut-être intéressant:

Merci à Vee de Book Rant Podcast pour cette belle image de la couverture de Uprooted de Naomi Novik.‌‌

Sur ce, je voulais inclure un bref shout-out au projet de deux amies que je connais depuis le secondaire, le balado Book Rant Podcast de Vee et Jess ! Lancé à l’automne et sortant un nouvel épisode tous les deux jeudis, Vee et Jess sont en train de partager leur book club à deux de dix ans sur les ondes, partageant avec tout le monde leurs dernières lectures et pensées sur le monde du livre. Malgré le titre du podcast, les épisodes sont rarement de vrai coup de gueule mais plutôt des conversations passionnées sur leurs lectures.

Chacune amène un livre différent à la conversation, lu dans les semaines précédentes. Vee aime beaucoup la fantaisie et la science-fiction, tandis que Jess est passionnée par le YA (« Young Adult ») surtout fantastique. Discussions animées et souvent très drôles, on a l’impression de participer à quelque chose de très intime et informateur. Autre bonus, le podcast est très utile pour encourager la lecture quotidienne !

On peut trouver Book Rant partout où se trouve les balados (ex: Buzzsprout, Apple Podcasts, etc.) ainsi que sur Twitter et Instagram — leur compte Instagram en particulier est très joli, figurant souvent dans les stories les deux chiens adorables de Vee.

C’est toujours très cool de voir des anciennes amies lancer des projets comme ça — bonne continuation à vous deux ! J'ai hâte au prochain épisode qui sort ce jeudi.

The Naomi Novik Polish Pierogi Special - Book Rant
Fresh from the front lines of the Polish Appreciation Club, we bring you our Naomi Novik and Witcher extravaganza episode, in which we talk about how amazing the new Witcher show is and share our love (and criticism) about two of Naomi Novik’s bes...
Le dernier épisode de Book Rant Podcast, qui d'ailleurs parle de deux livres de Naomi Novik !

Malheureusement j’ai de gros projets qui commencent au travail cette semaine et je vais devoir beaucoup ralentir mon rythme de lecture. C'est vraiment un cadeau de pouvoir consacrer assez de temps à la lecture de deux ou trois livres par semaine pendant un petit bout ! Et, comme j’ai écrit dans mon dernier billet de blogue l’année passée, je ne compte plus mettre à jour mon blogue aussi souvent cette année pour pouvoir consacrer un maximum de temps à mes autres projets d’écriture. Mais je tiens à mettre à jour de temps en temps mon blogue quand même, si seulement pour m'encourager moi-même de continuer à lire, à penser, et à écrire.

Je vous souhaite tous un mois de février remplie avec des bons moments, du bon thé et des bons livres. À la prochaine !