Depuis un an environ, je réfléchis au problème de la mode rapide et de l’exploitation et de l’horreur écologique qui en découle. Cette réflexion est éveillée en partie par l’obsolescence planifiée de la plupart des vêtements que j'ai achetés au cours ma vie. J’ai quelques précieux vêtements reçus de mes parents et grands-parents des années 70 et 80 qui sont encore en bon état. Mais presque tous les vêtements que j’ai achetés au cours de la dernière décennie ? Incapable de les garder en bonne condition au-delà d’un an avant qu’elles ne commencent véritablement à se détériorer. Les vêtements qui sortent des usines de mode rapide (sans que la faute appartienne aux travailleu∙ses∙rs) sont particulièrement difficiles à maintenir en bon état de par leur conception.

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Plus j'y pensais, plus je songeais à mon rôle dans le système mondial de la mode rapide industrielle. J’ai réalisé que j'allais devoir m’informer sur les sources d'approvisionnement et de production des textiles que je porte, sur le caractère écologique (et recyclable) des méthodes de production, ainsi que sur les conditions de travail pour les ouvri∙ères∙iers qui les fabriquent. En plus, si je voulais réellement apprendre comment garder mes vêtements en bonne condition pendant longtemps, j'allais devoir correctement apprendre les bases de la couture, pour moi au moins un obstacle difficile. Sans oublier que les vêtements produits pour la mode rapide ne sont absolument pas faits pour l'entretien.[1] C’est un système économique international massif qui repose, comme tant d’autre, sur le cajolage et la contrainte. Et j’ai marre de participer à l’exploitation des travailleurs du textile à travers le monde ainsi qu’à la dégradation de l’environnement, de nos océans et des autres créatures avec lesquelles on partage la planète.

Puisque cette philosophie en évolution demande un changement de style de vie important, voici comment je l’ai mise en pratique :

1. Achète moins et répare plus

Le point le plus évident et un peu celui que je fais déjà. Je n’achète pas souvent des nouveaux vêtements.[2] Je me gâtais de temps en temps en achetant des choses vraiment mignonnes, comme des t-shirts imprimés et des pulls, mais basta je peux arrêter ça sans problème.

La partie que je ne fais pas encore régulièrement est la réparation des vêtements. Grâce à YouTube, je m'apprends à coudre chaque fois que je vois une petite déchirure ou un problème d’usure. Et à partir de maintenant, chaque nouveau vêtement entrera en ma possession avec la compréhension que j'ai besoin de pouvoir le faire durer, car le jeter n'est plus une option durable.

2. Je ne «donne» plus de vêtements

Ce n'est pas trop un problème car j'ai tendance à porter des vêtements jusqu'à ce qu'ils tombent littéralement en morceaux.

J'espère que vous avez déjà vu quelque part comment l’industrie de don de vêtements est principalement une arnaque polluante et inutile, mais si vous ne l'avez pas, cet article Radio-Canada décrit le problème en détail.

Qu'est-ce que cela signifie pour les vêtements que j'ai maintenant qui ne me vont plus? Je suppose que si je ne peux vraiment pas échanger le vêtement[3], je vais devoir me débrouiller à trouver une manière de recycler le linge à la maison.

3. Je n'achète plus de vêtements qui ne sont pas d'occasion *

* Sauf pour les sous-vêtements et les chaussures.

Je crois que cette partie va être la plus difficile, et j’en ai déjà une petite idée puisque je suis cette règle de près depuis trois mois. Tous les vêtements que j'achète maintenant doivent être de seconde main. J'ai déjà du mal à trouver du linge qui ma va dans les boutiques, donc je sais que je rends cette aspect de ma vie encore plus difficile. D'après mes recherches préliminaires sur Google, en regardant les friperies de ma région qui mettent leurs catalogues en ligne, la plupart de leur sélection semble être dans un Médium américain ou même plus petit, ce qui ne me convient pas évidemment. Le bord argenté est que ça va me forcer à acheter moins puisqu’il y a rien dans ma taille.

4. Je ne veux plus porter de plastique.

Je peux sentir l'odeur du plastique et je le sens partout. Quand j'étais enfant, je ne pense pas que l'odeur était aussi répandue qu'aujourd'hui, ou peut-être j’étais plus capable de le tolérer et de l’ignorer. Mais maintenant, cette odeur plastique de poisson sucré est tout simplement partout. Je ne peux plus entrer dans la plupart des centres commerciaux sans avoir de la vertige et des nausées. Ça fait une décennie que j’évite à tout prix de rentrer dans un Dollarama ou un Canadian Tire. Et faut même pas me lancer sur la question du «faux cuir» (vinyle).

Subconsciemment, je privilégie définitivement la laine et le coton depuis des années, principalement des mélanges moins chers mélangés avec du polyester, mais à des ratios faibles pour que je ne puisse pas le sentir. Mais, en plus de mon problème sensoriel, le plastique pose un assez gros problème écologique car il ne se biodégrade pas comme les autres fibres textiles, plutôt il se casse en morceaux de plus en plus petits. Chaque vêtement en plastique lavé dans une machine à laver conventionnelle peut jeter plus de 1 900 fibres de micro-plastiques dans nos cours d’eau, qui finissent par atteindre l'océan.[4]

Le fait que ma sensibilité à l'odeur du plastique s'aggrave avec le fait que les océans, la terre et les animaux semblent absorber de plus en plus de plastique, eh bien, j'espère que vous comprenez facilement pourquoi je ne veux plus le porter !

Voilà donc le résumé de mon engagement personnel à abandonner la mode rapide. Cependant, avant de signer ce billet de blog, je tiens à préciser encore une petite chose.

Il n’existe pas de consommation éthique dans cet ordre mondial actuel, c'est-à-dire le capitalisme. Je ne me complique pas la vie parce que j’ai besoin du réconfort que je fais quelque chose de bon sur le plan éthique ou moral. Et même si j’exécute mon plan à la perfection, cela ne me rendra pas une « bonne » personne. Concentrer son temps et son énergie sur son impact environnemental personnel, au lieu de lutter collectivement contre les entreprises et les gouvernements, est en fait d’une certaine manière assez égoïste. Sans parler du fait que me désengager de la mode rapide de manière significative signifie que je compte sur les privilèges économiques qui me sont donnés par ma classe et bien d’autres facteurs. Juste quelques exemples qui me viennent à l'esprit: je ne suis pas parent, donc je n'ai pas besoin de trouver comment habiller mes enfants en pleine croissance sans dévaliser le compte en banque. Et, je ne suis pas un employé dans un bureau, donc je peux m'en tirer avec un ensemble et demi de vêtements de travail présentables. Et ce ne sont que deux facteurs en jeu, il y en a beaucoup, beaucoup plus!

Je veux particulièrement souligner ce que je viens juste d’écrire parce que je ne veux aucunement invoquer ici la honte. Dans ce cas, j'espère que ce choix aura un impact constructif, en me permettrant de réaliser ou de rêver à une autre façon d'être, et non un impact puritainement punitif, restrictif ou autofélicitant sur ma vie. Comme je l'ai déjà écrit, je souhaite acquérir des compétences et un savoir-faire qui ne m'ont malheureusement pas été directement transmis. Une de mes arrière-grands-mères (décédée en 2018) a quitté la Colombie et a travaillé comme couturière à New York pendant des décennies, mon arrière-grand-mère italienne (décédée il y a plusieurs décennies) était une excellente brodeuse — son travail est l’image principale figuré au début de ce texte — et son fils, mon grand-père (décédé en 2016) était apprenti tailleur lorsqu'il a quitté l'Italie après la guerre et est venu à Montréal, à l'époque où cette ville était encore un important centre industriel du textile sur ce continent. Comprendre même juste un peu mieux les aspects de leurs métiers, de leur monde, me permet de mieux les comprendre aussi.


  1. Si vous ne connaissez pas la «Théorie des bottes sur l’injustice socioéconomique» de Terry Pratchett, ça vaut la peine de cliquer sur le lien pour lire la citation (malheureusement, je n'ai pas pu trouver la citation en français même si je sais qu'une traduction existe.) La citation de Pratchett met en évidence la nature profondément cyclique des articles pas chers et mal fabriqués qui perpétuent l'injustice socio-économique. ↩︎

  2. Après avoir tapé cette phrase, l’écrivain tourne dans sa chaise dramatiquement pour regarder les très, très nombreux livres plaqués contre le mur. Les étagères grincent un peu, gênées. ↩︎

  3. Par échange je veux dire dans le vieux sens de « troc ». Je fais partie à de nombreux groupes sur les réseaux sociaux d’entraide, de partage et d’échange. ↩︎

  4. Cet article de recherche en anglais est cauchemaresque: «Environ 300 millions de tonnes de plastique sont fabriquées chaque année, dont entre 5 et 13 millions de tonnes se retrouvent dans l'océan. Là où ça persiste, c'est encore une question ouverte. » (Source: «News Feature: Microplastics present pollution puzzle» par Alla Katsnelson, mai 2015) ↩︎ ↩︎