Notes de lecture sur Quatorze loups pour réensauvager Yellowstone

Il y a quelques semaines, j'ai décidé de m'arrêter au Port de Tête pour jeter un coup d'œil sur les bandes déssinées. Une BD jeunesse a attiré mon regard, la traduction française de Quatorze loups pour réensauvager Yellowstone de Catherine Barr et Jenni Desmond.

→ English plz!

Je pense que je cherchais quelque chose pour me remonter le moral, et ce livre jeunesse m'a tenté! La BD est séparée en trois parties: la première section monte la scène de l'hiver 1995, avant le retour des loups, chassé à l'extinction à Yellowstone par l'homme. Il n'est pas précisé que ce sont les colons, c'est-à-dire les Américains — et non les peuples autochtones — qui ont tué tous les loups. Ce manque de conscience décolonisatrice reflète les origines de la BD, originalement sortie en Grande-Bretagne et traduite à Paris.

Dans l'absence des loups, les wapitis (la traduction est hexagonale, mais j'ai apprécié l'utilisation du mot québécois ici puisque c'est une espèce distincte) se multiplient pour former des troupeaux composés de dizaines de milliers d'individus et, sans prédateurs, l'impact sur l'environnement de ces immenses troupeaux est apocalyptique.

Ces quatorze premiers loups viennent des Rocheuses canadiennes. Par une nuit enneigée en plein hiver, ces quatorze sont capturés pour être réintroduits à Yellowstone, pour la première fois depuis plus de soixante-dix ans.

Les obstacles à la réintroduction sont nombreux; l'homme demeure une menace sérieuse. Les chasseurs et les éleveurs dans les environs n'attendent que la chance pour les tuer. Malgré les épreuves causées par ce déplacement, les loups redécouvrent petit à petit Yellowstone. Trois meutes se forment: la meute de Rose Creek, la meute de Crystal Creek, et la meute de Soda Butte. La première partie de la BD décrit leur premier hiver à Yellowstone, comment les meutes commencent à chasser les wapitis, comment les loups découvrent ce premier printemps, et les premières portées de louveteaux!

Mais la partie la plus fascinante du livre est sans doute la deuxième section, qui décrit l'incroyable effet bénéfique des loups sur l'écosystème de Yellowstone. Malgré les moments où la BD trébuche (aucune conscience décolonisatrice, l'utilisation de la terminologie « alpha »), c'est cette deuxième section qui restera avec moi et, je crois, assure que la BD vaut le détour. La BD déchiffre, à travers des pages superbement illustrées, les conséquences de la réintroduction des loups a Yellowstone:

  • Les grands arbres (saules, trembles, peupliers de Virginie, etc.) peuvent pousser en paix maintenant que les immenses troupeaux de wapitis ne détruisent plus toutes leurs arburstes, surtout le long des rivières;
  • D'innombrables petits oiseaux migrateurs reviennent pour vivre dans ces arbres;
  • Les castors reviennent et s'épanouissent, et leurs constructions donnent refuge aux poissons et amphibiens;
  • Les rivières changent de forme, coulent plus droit et sont plus profondes, ancrées par les grandes arbres qui empêchent l'érosion des berges.

En tout, la BD réussit à illustrer de manière plutôt approfondie comment un écosystème peut être revigoré ainsi que l'importance primordiale des prédateurs. Quand j'étais enfant, les loups me passionnaient — j'ai probablement vu et revu le film Balto des dizaines de milliers de fois — mais encore plus importants que la présence des loups, c'est comment la terre elle-même se guérit par leurs présences.

Pour illustrer la majesté des peupliers de Virginie, j'ai suis alléę prendre en photo mon peuplier de Virginie préféré à Montréal, cet arbre absolument gigantesque au cœur du parc Lafontaine:

Une photo de Gersande au pied d'un peuplier de Virginie agé de plus de cent ans au parc Lafontaine.
Une photo de Gersande au pied d'un peuplier de Virginie agé de plus de cent ans au parc Lafontaine.

Je n'ai jamais eu la chance de visiter Yellowstone au Wyoming, mais pouvoir imaginer une rivière longée par ces magnifiques arbres qui redonnent vie à toute la terre grâce à la réintroduction des loups m'a donné un très, très grand sourire.


Pour lire davantage:

  • New parks podcast shares Indigenous voices: « A citizen of the Crow Nation, Shane Doyle’s ancestors were forcibly removed from the land that was eventually established as the world’s first national park in 1872. » sur Indian Country Today (en anglais seulement)
  • Nous sommes toujours là : parcs nationaux, dépossession coloniale et résilience autochtone: « En 1885, mes ancêtres, ainsi que tous les autres peuples Niitsitapi et Îyâhe Nakoda, furent arrachés de leur territoire traditionnel (celui qui porte maintenant le nom de l’Alberta) afin de permettre la création du parc national Banff. D’abord baptisé Banff Hot Spring Reserve, puis Rocky Mountain Park, le parc de Banff fut le tout premier parc national du Canada. » sur HistoireEngagée.ca
  • Decolonizing The National Park System: A Story About Yellowstone, un webcomic sur l'histoire colonisatrice des parcs nationaux américains (en anglais seulement)
  • Idiotismes animaliers: Les meutes de loups n’ont pas de chef de Nic Ulmi dans le Devoir
  • Why everything you know about wolf packs is wrong de Lauren Davis dans Gizmodo (en anglais seulement)
  • Les loups rouges vont-ils bientôt disparaître? de Erik Vance dans National Geographic

Gersande La Flèche

Gersande La Flèche

De jour je conseille ma clientèle sur la rédaction, révision & je traduis à la pige de l'anglais au français. La nuit (ou à l'aube, je suis matinalę) je griffonne poésie et histoire, en buvant du thé!
MTL // Tiohtià:ke