4100 à 6000 tombes d'enfants: la vérité et la réconciliation, 7 ans plus tard

Il est tout à fait juste de dire que cinquante pour cent des enfants qui passent à travers ces écoles ne survivent pas pour tirer avantage de l'éducation qu'ils ont reçu. — Duncan Campbell Scott, 1914, superintendant adjoint général des Affaires indiennes

Cette semaine, pour la journée de la vérité et de la réconciliation, j'ai lu pour la première fois le livre 21 Things You May Not Know About The Indian Act: Helping Canadians Make Reconciliation with Indigenous Peoples a Reality de Bob Joseph, publié en 2018.

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Je conseille fortement ce livre non seulement pour la discussion politique qu'il contient, mais également pour survoler quelques points principaux de l'histoire de la colonisation du Canada. Si on cherche à comprendre, par exemple, pourquoi et comment la Loi sur les Indiens et les pensionnats (residential schools) ont été formés, ceci est un bon livre. Ce sont des faits qu'on ne m'a certainement pas enseigné à l'école. Par exemple, je me souviens plutôt bien quand mon prof d'histoire en secondaire 4, M. Bordenaro, nous a enseigné le British North America Act de 1867, une partie très importante de la constitution du Canada. Mais on ne nous a pas appris que l'acte a ouvert la voie à la création de la Loi sur les Indiens quelques années plus tard et, dans les décennies à suivre, les pensionnats. À l'université, quand j'étudiais la littérature canadienne, on nous enseignait la poésie de Duncan Campbell Scott sans jamais mentionner son rôle dans les pensionnats. Le livre de Bob Joseph inclut un chapitre à la fin avec des extraits de lettres et discours de Duncan Campbell Scott de 1879 à 1941. Les propos sont choquants, même pour la période.

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La Loi sur les Indiens a été créée en 1876. L’objectif principal de cette loi était de forcer les peuples des Premières Nations à abandonner leur culture et à adopter un style de vie eurocanadien soi-disant «civilisé». Elle n’affecte ni les Métis ni les Inuits. La loi forçait les enfants des Premières Nations à fréquenter les pensionnats et les interdisait de pratiquer leurs cérémonies religieuses. La loi fut modifiée de nombreuses fois, notamment après la Deuxième Guerre mondiale, dans les années 50 (à quel point, par exemple, la définition dans l'acte des « personnes » est amendée pour inclure pour la première fois les personnes autochtones), et dans les années 80. Elle n’a cependant pas encore été abolie.

Source: L'entrée dans l'encyclopédie canadienne sur la Loi sur les Indiens et 21 Thing You May Not Know About The Indian Act, p. 15 et 27

Au cours de l'été 2015, après des années de rencontres avec des communautés Premières Nations, Inuit, et Métis, la Commission vérité et réconciliation a publié de nombreux documents et rapports, incluant ses 94 appels à l'action. Sept années et des milliers de tombes d'enfants retrouvés plus tard, je rencontre encore trop de personnes allochtones (c'est-à-dire, non-autochtones) qui n'ont jamais lu les 94 appels à l'action et qui manquent de familiarité avec les raisons pour la Commission, les raisons pourquoi les appels à l'action de 2015 sont encore pertinents aujourd'hui, ainsi que plus largement l'histoire de la colonisation du Canada.

Ma lecture de Bob Joseph et les élections québécoises imminentes m'ont convaincu à utiliser ma toute petite plateforme ici sur le web pour partager encore une fois les 94 appels à l'action:

Selon CBC et Radio-Canada, dans les sept années depuis que les appels ont été lancés au gouvernement fédéral, seul 14 des 94 actions ont été honorées. Le gouffre entre l'état Canadien et les Premières Nations, Métis, et Inuit persiste. Au Québec, en plus, nous avons un Premier ministre qui martèle encore et toujours que le racisme systémique n'existe pas ici malgré, par exemple, les conclusions rapportées en 2019 de la Commission mandatée par le gouvernement du Québec sur les relations entre les Autochtones et les services publics (la Commission Viens).

Au moment que j'écris ces mots, nous venons juste de voir passer le très triste deuxième anniversaire du décès de Joyce Echaquan, sans que les autorités de santé nous promettent de vraie réforme pour veiller qu'une telle chose ne se reproduira plus. Disons qu'avec un gouvernement caquiste, ancien-porte-parole-de-la-police-devenu-ministre Ian Lafrenière en charge des relations autochtones (😬), et Legault à la barre (situation que je ne vois pas changer d'ici la semaine prochaine) je vois mal comment la réconciliation entre les communautés autochtones et le leadership québécois avancera.

Bien qu'elle ne soit pas possible à réaliser entièrement au niveau de l'individu, la reconciliation demeure la responsabilité de chaque individu. Je dois bien sûr m'informer et lire les 94 appels, me familiariser avec la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples autochtones, et relire le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Je dois aussi me tenir au courant des divers organismes qui suivent les progrès gouvernementaux en ce qui concerne les appels à l'action, comme la CBC ou le Yellowhead Institute.

Mais la réconciliation ne peut pas consister seulement de quelques soirées de (re)lecture par année.

Voici quelques autres gestes personnels possibles :

  • Exiger le meilleur de nos élu.e.s en ce qui concerne le respect de la souveraineté et l'autodétermination des peuples autochtones, pas d'excuses.
  • Contrer immédiatement les mots ou propos dénigrants et racistes qui circulent encore beaucoup trop facilement et sans gêne dans nos cercles. Surtout dans nos familles ou lieux de travail.
  • Ne jamais nier ou essayer de mitiger l'histoire de la colonisation et le génocide sur ce continent (comme, par exemple, le bon vieux: « oui, ça va, on a tous des iPhones maintenant, on peut-tu passer à autre chose? »)
  • Si t'es dans une province où le 30 septembre est férié, n'utilise pas cette journée pour prendre des vacances, mais prendre plutôt ce jour de deuil pour songer à comment mieux s'informer, s'impliquer, et agir. (Idéalement, ne pas seulement utiliser une journée par année pour contempler ou mettre en action cette contemplation...)
Dani: «Gens allochtones: souvenez-vous que le 30 septembre n'est pas une journée de célébration ou de joie pour nous. Pour nous, c'est une journée de perte, de deuil et de souvenir. Souvenez-vous de cela lorsque vous vous prenez en photo avec vos ami.e.s dans des chemises oranges.» (Ma traduction)
  • À Montréal, participer au rassemblement Chaque enfant compte le 30 septembre au centre-ville. Ne pas utiliser le rassemblement pour parler de partis politiques, c'est un espace de deuil et de souvenir.
  • Bonus: Lorsque la municipalité de Montréal envoie des sondages pour voir comment attirer plus de gens au centre-ville pour magasiner, laisser un commentaire demandant pourquoi une des réponses est: « on veut moins d'itinérants SVP » (tenant compte que les femmes autochtones en situation d'itinérance sont triplement discriminées à Montréal) et aucune des réponses n'est: « peut-être la construction et les embouteillages éternels sont de tous petits obstacles ? »

Ok, bon, ça va, j'ai assez parlé pour aujourd'hui. Quelques suggestions de lecture de plus, et je te laisse. Prends soin de toi, et à la prochaine.

Suggestions de lecture supplémentaires:

21 Things You May Not Know About the Indian Act
Helping Canadians Make Reconciliation with Indigenous Peoples a Reality
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Gersande La Flèche

Gersande La Flèche iel/lo/mo

De jour je conseille ma clientèle sur la rédaction, révision & je traduis à la pige de l'anglais au français. La nuit (ou à l'aube, je suis matinalę) je griffonne poésie et histoire, en buvant du thé!
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