Cette fin de semaine fut ensoleillée, frileuse, et exceptionnellement lugubre. Dans ce qui sera vraisemblablement ma dernière rencontre avec des amis pendant un bout, deux amis sont venus souper chez nous samedi soir. Je manquais de force pour annuler notre petite soirée, et samedi après-midi on ne pensait pas que ce serait irresponsable de notre part. Quelle différence, 24 heures plus tard.

Jusqu'à nouvel ordre nous sortirons le moins possible de la maison. Vendredi soir on est allé à l'épicerie — c'était pas la folie totale, mais une atmosphère étrange régnait. Pas pour les enfants, par contre ! Personne ne rigole comme les tout petits libérés de l'école et qui courent les rayons du supermarché pour trouver leurs gâteries préférées. Dimanche durant la journée on s'est ravitaillé de thé et de laine, se préparant mentalement pour le meilleur scénario (isolement ou distancement social) et le pire (quarantaine).

Puisque Montréal et par conséquent le Québec a toujours un niveau bas de cas de covid-19, au moment d'écrire ces lignes, il me semble — ou plutôt, j'espère! — que notre ville a encore du temps pour ce « flattening the curve ». J'espère que les mesures proposées sont les bonnes. Je n'arrête pas de me questionner si je réagis de façon excessive ou pas assez. J'ai très peur pour les gens à qui sont demandés les plus grands sacrifices pour que l'isolement physique soit efficace : les personnes marginalisées, handicapées, et les aînés qui ont besoin de soins communautaires et qui seront encore plus isolés; les travailleuses du sexe; les artistes; les organisatrices communautaires; les personnes à la pige de toute sorte; les serveurs et les concierges; et la liste ne s'arrête pas là. Je ne cesse de penser à mes ami∙e∙s ou collègues qui depuis quelques jours se demandent comment survivre sur les annulations, le travail reporté indéfiniment, ou le congédiement. Le plan de 1 milliard de dollars du Canada pour survivre le covid-19 ne comprend aucune stratégie à date pour ceux d'entre nous qui travaillons dans le gig economy.

J'ai aussi beaucoup d'angoisse concernant ma grand-mère qui a 83 ans, qui sera seule pour les semaines à venir, et je ne pourrais pas l'aider pendant cette période d'isolement.

J'ai une petite procédure médicale qui aura lieu cette semaine et ça fait quelques mois que je me prépare à prendre les prochaines 14 jours en congé autour de mon opération. C'est extrêmement bizarre de se retrouver dans un situation grave de pandémie la même semaine de ma chirurgie. Et, pour être honnête, avec ma propre situation médicale en général je n'ai aucune idée si je devrais être en train de prendre des mesures draconiennes.

J'essaie de minimiser mon angoisse comme je peux. Les livres aident : je viens juste de finir le livre Proust's Duchess de l'américaine Caroline Webber, je suis en train de finir le roman The Moonstone de Wilkie Collins, et je viens juste de commencer Les exilés de Montparnasse de Jean-Paul Caracalla. Le thé vient à ma rescousse également : je me penche beaucoup sur la chamomile pour réduire l'anxiété, et je viens juste de découvrir la combinaison Earl Grey avec pétales de rose et le résultat est fa-bu-leux !

Faire la cuisine m'aide aussi beaucoup à prendre un peu contrôle de mes émotions, même si c'est beaucoup de travail. J'ai finalement réapprovisionné nos réserves de bouillon maison et j'ai préparé du riz avec des choux-fleurs, des ognons, des patates. C'était délicieux ! Je suis super satisfaix avec ce que j'ai accompli dans la cuisine cette fin de semaine.

Il y a quelques semaines j'ai écrit un petit billet de blogue sur mon engagement à me remettre à la couture et au crochet. Quand ma tendinite ne me dérangeait pas trop, j'ai travaillé sur un châle que j'ai commencé au début de mars.

Donc, voilà comment je suis. Je ne sais pas ce qui va se passer dans le monde dans les prochaines semaines, mais je vais essayer de m'isoler le plus possible chez nous, et je me prépare pour mon congé médical, comme prévu. Si j'ai un peu de temps et d’énergie, j'ai quelques textes que j'aimerais publier ici avant ma procédure: principalement un billet de blogue sur les tisanes bon pour la santé ainsi qu'un article sur quelques stratégies pour le télétravail de la perspective d'une personne qui doit travailler de la maison depuis des années pour des raisons de santé. Autrement côté écriture je n'avance plus du tout sur mes propres projets: panne d'inspiration, insécurité totale, comme d'hab. Un jour, j'irais affronter mes complexes et je draguerais les rivières de créativité dans mon esprit — un peu comme ce qu'à fait Chihiro pour le kami de la rivière dans Le voyage de Chihiro de Miyazaki.

J'espère que tu vas bien, qui que tu sois : ancien ami∙e, lecteurs ou lectrices ou lectrix de longue date, où peut-être que c'est ta première fois ici. Je te souhaite le meilleur possible dans cette situation éprouvante. J'aimerais beaucoup que nous puissions sortir de cette pandémie avec une meilleure solidarité et compassion pour l'autre, et une forte conviction que nous pouvons construire un monde meilleur.

Fin du journal personnel.