Ça fait quelques semaines que je ne suis plus en ville et que je suis dans les montagnes, entouréę de magnifiques lys jaune vif et d'iris d'un violet profond et des centaines de papillons. Je n'exagère même pas: une paire de machaons jaunes dansants se sont écrasés sur mon visage ce matin alors que je rentrais mon linge!

→ Read this text in English

Le chat m'a accompagné à la campagne. Comme cette cabane — qui appartient à ma grand-mère, mais elle n’y réside plus ces jours-ci, l'âge vient pour nous tous, mais ça c’est une histoire que je ne vais pas aborder sur ce blogue — est infestée de souris et de petits suisses et leurs présences a réveillé sa Bête Intérieure. Il s'est métamorphosé de Chat Pelucheux et Collant en Machine à Chasser Les Souris (Toujours Aussi Pelucheux et Collant). Hier matin, je me suis réveillée et j'ai trouvé une autre souris morte sur le tapis, le chasseur lui-même se pavanant comme un prince satisfait et réclamant son petit-déjeuner à tue-tête.

À part les histoires du chat, ces semaines ont été un vrai cadeau. Jusqu'à la fin du mois de mai, j'ai été en étroite proximité avec un autre être humain pendant plus de 15 mois. C'est mon humain préféré, bien sûr, mais mon corps tout entier me réclamait du silence, de solitude, et désirait suivre un rythme d'existence complètement libéré des présences des autres. (Le chat ne compte pas, je suppose, et c’est vrai qu’il aide avec les suisses qui cavalent partout dans la cuisine). J'ai pas vraiment voulu me plaindre beaucoup de ce fait ici pendant le confinement, car je me rends compte que pour beaucoup, c'est l'inverse qui est vrai. La solitude prolongée est brutale pour la psyché et le corps. Mais la proximité physique permanente avec une autre personne, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pendant plus d'un an, crée un autre type de friction et de stress, je pense. Nous travaillons tous les deux à la maison, et nous pouvons tous les deux être pantouflards. J'en étais arrivé à un point où sortir marcher la ville pendant deux heures tous les quelques jours me donnait bien plus d'ampoules que de soulagement. Je vis dans une zone très dense de population, la grande majorité des gens n'ont pas de cour et tout le monde a besoin d'être dehors après le long hiver claustrophobe. Chaque jour, sur le trottoir, dans les parcs, mêmes dans mes ruelles adorées, c’était comme un festival de musique, mais le genre où tu trippes sur quelque chose de moche et t’as l’impression de noyer dans la foule.

L'éloignement de la ville m'a aidé à maîtriser (un peu) une anxiété vraiment exaspérante qui m'a suivi pendant la majeure partie de ce confinement. Ici, je dors enfin la (majorité de la) nuit et, chose surprenante, je prends nettement moins de médicaments contre la douleur et les migraines. C'est une amélioration très remarquable, même si je ne sais pas combien de temps ça va durer.

Photo d'un coucher de soleil assez spectaculaire sur un lac près d'où je suis.

Le manque d'accès facile à Internet joue un rôle là-dedant, j'en suis certainę. En dehors des tâches occasionnelles pour mes client∙e∙s, je suis beaucoup moins en ligne. Pour combler les heures non facturables, je lis beaucoup. Entre autres choses, j'avance enfin à grands pas dans mes recherches sur la France du XIIe siècle pour un livre que je suis en train d’esquisser. Il fait pas mal froid ici la nuit encore: le soir, après avoir allumé le feu, je m’occupe à travailler tranquillement sur les pages de notes qui se sont accumulées depuis que l'idée au coeur de ce livre m'est venue le fin octobre dernier. J’ai esquissé déjà un quart du plan de l’histoire, j'ai rédigé quelques scènes, et les personnages principaux commencent enfin à avoir des noms, des désirs et des voix distincts. Ça me dynamise beaucoup; ironiquement, il faut que je me retienne d’appeler mon partner pour lui raconter chaque petite avancée, puisque n’était-ce pas un peu de solitude la raison pourquoi je me suis plantéę ici pour un mois?

Mon compagnon a été très compréhensif lorsque je lui ai expliqué, il y a quelques mois, que j'avais besoin de temps à part et que je planifiais ce recul pour le mois de juin. Il vient la plupart des fins semaines pour me réapprovisionner en eau, en fruits et en pains aux raisins (le village du coin n'est pas loin en voiture mais pas à une journée de marche, surtout pas quand j'ai besoin d'acheter des litres et des litres d'eau à la fois). Je n'ai toujours pas de permis de conduire et ce n'est que cette année, lorsqu'une maudite pandémie m'a coupé des transports en commun, que j'ai vraiment ressenti son absence.

J'ai un calendrier sur la table que j’utilise pour écrire, où j'ai marqué le temps qu'il me reste. Trop peu pour la quantité d'écriture à faire. Les jours défilent, inexorables, et mon temps ici est précieux et limité. Je ne veux pas en perdre une seule seconde.