J’ouvre la fenêtre. Trois minutes plus tard, je me relève pour la refermer.

Je change de musique encore. Trop triste, trop atmosphérique, trop loud, pas assez de batterie, pas assez de chant, trop de paroles, trop de paroles anxiogènes.

La radio, c’est encore pire. Tant pis pour les nouvelles. Je sourdine le nom du virus sur Twitter. Je change d’idée, maintenant Tweetdeck filtre tous les tweets de ma liste et ne montre que ceux qui contiennent les mots-clés concernant la pandémie.

J’arrive à écouter quelques minutes d’un balado avant de réessayer la musique.

J’ouvre mon programme Ulysses pour y trouver une page blanche, plus tard, ces mots, plus tard, je revérifie quelque chose que j’ai écrit vendredi dernier mais je crois que je ne vais plus le mettre sur le blogue. J’étais de bonne humeur vendredi, je ne le suis plus maintenant, ça me fait drôle de mettre quelque chose sur le web aujourd’hui qui contraste aussi sévèrement mes émotions actuelles.

Je ferme le téléphone. Trois minutes plus tard, je le vérifie encore.

Je vérifie encore mes tweets.

Je me relève pour ouvrir la fenêtre, ou peut-être faire repartir la théière.

Les minutes s’enchaînent et en quelques heures je regarde ma montre et je constate que la moitié de la journée s’est évaporée et je n’ai encore rien fait.

Je change de liste — chansons toujours trop tristes.

Tout me dérange. Les odeurs, les saveurs, les sons. Je porte des écouteurs constamment maintenant, pour ne pas avoir à entendre les bruits de Leif, du chat, des voisins. Mes oreilles me font mal, mais je m’habitue lentement à la pression constante.

Je ramasse le téléphone, réalise qu’il est en mode avion, je le redépose. Je regarde une personne dehors qui essaie de courir — c’est évident à mes yeux qu’elle ne court pas souvent, j’ai mal au dos et aux genoux simplement en contemplant sa posture de la fenêtre.

Je passe quelques minutes à réarranger une petite liste sur Twitter de journalistes, médias, chercheurs et personnages publics dans ma ville à l'ère du covid-19.

Je décide d’écrire ce que je fais, toutes les étapes de la procrastination étalée, déchiffrée et décortiquée. C’est pas grand chose, mais ça me donne l’impression d’écrire et de ne pas juste rester là devant un écran morbide, impuissantx et frustréx.